vendredi 13 novembre 2020

Sauver des vies !


De la sécurité routière à la sécurité sanitaire, le gouvernement applique les mêmes méthodes : mise en scène permanente de la mortalité par la publication récurrente de chiffres et de courbes, culpabilisation des citoyens, discours infantilisants, énoncé de mesures de coercitions assorties de menaces d’amendes forfaitaires automatisées et communication à l’émotion, en mode anxiogène… Si les résultats annoncés se font attendre, c’est toujours de la faute de la population et si le compteur quotidien de chiffres mortifères s’infléchit légèrement, c’est grâce aux mesures prises par le gouvernement qui fait preuve de « courage, de responsabilité et de détermination »… jour après jour.

« Sauver des vies »… quel salaud pourrait s’opposer à cette noble intention ?
Confiner la population pour « sauver des vies », imposer un couvre-feu pour « sauver des vies », faire voter une énième prolongation de l’état d’urgence pour « sauver des vies »…
Quand même, on en a de la chance, d’être autant protégés, maternés, surveillés, admonestés, réprimandés (bin oui, y’a des « mauvais élèves »).

Vous râlez, vous ne supportez plus cette ambiance anxiogène à n’en plus finir, ces menaces de contrôles, ces promesses de verbalisations à 135 € ? Vous n’en pouvez plus de cette litanie quotidienne de chiffres de mortalité, de cas dépistés, de personnes admises en réanimation ? Mais tout ça, c’est pour sau-ver-des-vies ! Vous êtes contre sauver des vies, vous ? La vôtre, celle de vos proches, de vos amis, de vos parents âgés ? Alors vous êtes un irresponsable, un égoïste, un abruti, un trumpiste, un facho, un terroriste ou pire, un anarchiste !
Il paraît qu’on ne peut pas faire autrement : on ne cesse de nous rabâcher que sans contrainte, les gens font n’importe quoi : ils sont indisciplinés, ils sont partis en vacances, ils font la fête, ils vont au restau, au bistrot… Allez bosser, prenez le métro, obéissez, mais pour le reste, terminé ! Fini, les balades dans les bois, les promenades à moto, les flâneries dans les librairies, le cinéma, le théâtre, les concerts… vous pouvez vous aérez, mais seul et pas à plus d’un kilomètre du domicile et n’oubliez pas votre billet de sortie, cette attestation de déplacement dérogatoire, sinon gare à la prune : 135 € ! Déjà que les bisous, les poignées de mains, la tendresse, une bonne part de ce qui fait notre humanité, tout ça est depuis des mois verrouillé derrière les « gestes barrières »… et oui, faut « sauver des vies » !

Nos responsables politiques, eux, ils sont sérieux et heureusement qu’ils sont là ! Ils ne mentent pas, ils ont tout prévu, ils appliquent le principe de précaution, ils sont RES-PON-SABLES !
Vous contestez encore ? Crac, dans tous les médias, on vous recolle une bonne dose de soignants débordés, de services d’urgence saturés, les experts et les toubibs se succèdent sur les plateaux télé !
C’est l’émotion à la place de la réflexion, la peur du gendarme et ce virus assimilé à une espèce de nouveau croquemitaine des temps modernes, invisible et présent partout, rendant suspect tout le monde, à commencer par ceux qui contestent, non la réalité de l’épidémie, mais les moyens mis en œuvre censés nous en protéger… Restez chez vous, saperlipopette ! Il faut sauver des vies !

Ça ne vous rappelle rien ? Ça ne vous rappelle pas les discours de la sécurité routière ? Déployer des radars pour « sauver des vies », décréter le 80 km/h pour « sauver des vies », mettre en place des zones à circulation restreinte pour « sauver des vies », installer des ralentisseurs et des caméras pour « sauver des vies », avoir son gilet-jaune pour « sauver des vies » (pas pour manifester, hein, ça n’était pas prévu au départ, le principe de précaution ne fonctionne pas comme c’était prévu mais que voulez-vous, nous n’avons pas fait assez de « pédagogie »). Vous contestez toujours ? Allez, voyez ce reportage à l’hôpital des victimes de la route, écoutez ce témoignage de jeune homme en fauteuil roulant, de ces parents éplorés par la perte de leur enfant… Ohhhhh… Ahhhhh…

Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles ! Notez que sur ce plan, on ne peut pas leur donner complètement tort puisque nous les avons élus et que, bon gré mal gré, nous leur obéissons.

Bref, de la sécurité routière à l’état d’urgence sanitaire, mêmes principes, même méthodes de communication, mêmes outils de surveillance et de fichage : « il faut sauver des vies ! » Pendant ce temps-là, on continue d’arroser nos cultures de pesticides, des gosses arrachent à la terre des métaux rares pour fabriquer nos batteries au lithium, les ventes de Rafales se portent très bien (la guerre, quelle aubaine, même si on nous boycotte la Vache-qui-rit), la 5G nous rendra plus connectés, plus mobiles, plus performants, mais en attendant, consommez « en ligne » et surtout, surtout… restez chez vous et taisez-vous !